Les légendes ne reviennent pas toujours comme on l’espérait. Démonstration par l’exemple.

Dark Angel fait partie de ces groupes de thrash légendaires de l’underground qui attendaient leur heure depuis des décennies, et Extinction Level Event devait en être le point d’orgue de cette reconnaissance tardive. Et là, c’est le drame.

Dark Angel - Extinction Level Event

Remettons un peu de contexte dans tout ça. Dark Angel est issu de la scène thrash de la Bay Area du début des années 80. Sans jamais avoir eu le niveau de reconnaissance mainstream d’un Slayer ou d’un Megadeth, ils ont néanmoins marqué leur époque. Darkness Descends et Time Does Not Heal sont des classiques. Mais entre les multiples séparations/reformations et le décès du guitariste fondateur du groupe – Jim Durkin – en 2023, c’est peu de dire que la vie de Dark Angel fut compliquée. De fait, les attentes pour ce nouvel album étaient énormes – d’autant qu’ils travaillaient sur certains morceaux depuis 35 ans.

Les choses s’engagent mal dès le départ. L’artwork généré par IA qui a mis en pétard une bonne partie des fans. A ça s’ajoute une campagne promo inexistante de la part du label, une date de sortie annoncée dans l’indifférence la plus totale, un album absent des principales plateformes de streaming à sa sortie, une gestion catastrophique des points précédents et enfin un prix délirant pour les versions physiques. Tout est donc réuni pour que ça foire avant même d’avoir commencé.

Mais tachons de voir le positif.
Déjà, le groupe ne s’est pas ramolli. Dans l’ensemble, Extinction Level Event est agressif, rapide et thrash jusqu’au bout. Pas de concessions modernes où le groupe renierait son passé et son genre comme l’ont fait nombre de ses contemporains (suivez mon regard). On est ici face à du thrash pur et dur.
La prestation de maître Hoglan à la batterie est évidemment fantastique et n’a pas besoin d’éloges. Jusque là tout va bien.

Là où Extinction Level Event déçoit c’est parce qu’il ne sonne pas comme du Dark Angel. On ne retrouve ni l’assaut de Darkness Descends, ni la richesse de riffs plus réfléchis de Time Does Not Heal. Ce qui fait que le vrai problème de ce disque, ce sont les riffs. Ils sont énergiques mais sans urgence. Quelques passages sont efficaces, mais le groupe choisit de les étirer sans imagination, sans jamais développer d’idées nouvelles. Le morceau Extinction Level Event reste assez classique, avec un bon élan, mais avec des riffs et des refrains trop répétitifs et fades pour justifier cette répétition. Circular Firing Squad partage ces qualités et défauts : de bons riffs, une énergie certaine, mais un refrain plombé par un Rinehart forcé et agaçant. Les deux titres, comme plusieurs autres, souffrent de l’ajout d’un chœur synthétique (Scarface The Room), qui casse le truc.

Les solos de guitare sont désespérément plats. Même lorsqu’ils s’inspirent de Slayer avec du tapping chaotique : ils restent banals et vite oubliés (Circular Firing Squad, Woke Up To Blood). Si les solos avaient capturé cette atmosphère d’un autre monde qu’ils semblent viser, l’album en aurait grandement bénéficié.

Abordons le cas Rinehart. Son chant a toujours été clivant mais là on a un gros problème. Il sonne forcé, inégal, parfois même incompréhensible et souvent tiré vers un registre mal avisé qui ne colle pas du tout. Des titres comme Scaler Weaponry et Sea Of Heads s’effondrent sous son chant, transformant des morceaux qui auraient pu être agressifs et percutants en titres plats et brouillons.

Et pour parachever le tableau, parlons de la production. Le son est compressé, plat et sans vie, comme si Dark Angel avait voulu retrouver l’énergie brute des albums des années 80 mais avait oublié que « brut » ne signifie pas « mauvais ». Les guitares varient en clarté d’un titre à l’autre, la batterie paraît artificielle par moments, et le chant est parfois enterrée si profondément dans le mix qu’on se demande presque à quoi il sert. Sans parler des solos qui saturent.

En gros, Extinction Level Event n’est pas un « mauvais album » parce que tout y est raté. C’est un mauvais album parce que chaque choix fait semble avoir été le mauvais. Plutôt que de maximiser ses forces et minimiser ses faiblesses, Dark Angel a fait exactement l’inverse. Ca donne presque l’impression qu’un seul membre du groupe a imposé ses décisions, tant il paraît inconcevable que les cinq aient pu approuver ce résultat.

Je voulais aimer cet album et au final, Extinction Level Event est une déception. Sur scène, ça devrait toujours casser des bouches à n’en pas douter. Reste que côté studio, j’espère ne pas avoir à attendre 35 ans de plus pour avoir une (vraie) séance de rattrapage.