Body Count – Carnivore

Depuis le retour aux affaires en 2014, Body Count a mis tout le monde d’accord avec 2 albums tonitruant. Gardant le rythme d’un nouvel opus tous les 3 ans, Carnivore déboule à grand renfort de promo et surtout avec la pression de maintenir le niveau imposé par ses 2 ainés.

Depuis le retour surprise réussi avec Manslaughter et surtout avec son successeur Bloodlust, Body Count s’est refait la cerise et a regagné la street cred’ qui était la sienne à la grande époque du groupe au début des années 1990. Couplé à des prestations lives de haute volée, il n’en fallait pas plus que pour l’annonce de Carnivore déclenche une forte excitation.

En bonne groupie que je suis, il n’a pas fallu me demander deux fois si je voulais ou pas écouter ce nouvel album. Mais allez savoir pourquoi, j’y suis malgré tout allé avec la peur au ventre. En vérité, les quelques extraits partagés sur les réseaux sociaux ne m’ont pas chauffé plus que ça. Paradoxal? En fait je suis toujours un peu anxieux quand un groupe que j’adore arrive avec un nouvel album. J’ai peur d’être déçu et je dois bien vous dire que Carnivore m’a laissé une première impression mitigée.

Alternant le génial, le zéro prise de risque et le ratage, je suis passé par tous les états. Comme il est désormais de coutume, BC reprend un groupe qui l’a fortement influencé. Suicidal Tendencies sur Manslaughter, Slayer sur Bloodlust, cette fois-ci c’est Motörhead qui y passe avec Ace Of Spades. Prise de risque minime pour résultat garanti. Comme cela avait déjà été le cas sur Manslaughter, Ice T remet au goût du jour ses classiques en version électrique. Après 99 problems, c’est Colors qui y passe. Certains se souviennent sans doute de la reprise de Machine Head sur The More Things Change. C’est peu de dire que quand c’est le patron qui s’y colle ça a une toute autre allure, sans parler de l’envolée d’Ernie C à la guitare qui place un petit solo bien senti. Certains m’ont dit préféré la version de Machine Head, les goûts et les couleurs <= tentative d’humour. Toujours au chapitre des réussites: Bum-Rush.  » Pas de soucis, non pas de tié-pi ici, pas de chichis » pour paraphraser NTM. Ca casse des bouches sans préavis. Le riff est excellent, le solo efficace, le groove de la basse énorme, on n’a qu’une envie: aller castagner le voisin. Enfin, il y a la slayeresque The Hate Is Real qui n’aurait pas fait tâche sur un album des légendes du Thrash. Tout y est, du riff à l’ambiance, le solo, tout absolument tout renvoie à Slayer et ça tabasse parfaitement. Génial. Ensuite on commence à passer dans le plus convenu pour Body Count avec Carnivore, Point The Finger (avec Riley Gale de Power Trip en guest), No Remorse et Thee Critical Beatdown. Ca reste efficace mais on a connu plus inspiré. On garde la fibre très coreuse de l’ensemble du disque sur Another Level mais BC a le mauvais goût de trop vouloir se coller au registre de Jamey Jasta qui vient pousser la chansonnette sur le titre. On dirait du Kingdom Of Sorrow en peu inspiré. Et pour finir, le gros raté de Carnivore: When I’m Gone avec Amy Lee d’Evanescence comme invité. Ce qu’elle fait avec son groupe ne m’intéresse pas et à vrai dire je n’étais même pas curieux de savoir ce que la rencontre entre BC et elle allait donner. Moralité: on écoute une fois la chanson et ensuite on la zappe parce qu’entendre Amy Lee venir faire sa soupe sur un morceau qui sans elle par déjà de loin: merci mais non merci. Le riff est tellement convenu qu’on dirait un single calibré pour une radio grand public. Même Ice T est à la peine avec ses paroles.
Ceci étant dit et si je tire à boulets rouges sur ce titre en particulier c’est parce que Body Count nous a habitué à taper juste et fort donc quand on se trouve face à ça, forcément on déchante. Néanmoins, ce seul morceau n’est pas le reflet de la qualité intrinsèque de Carnivore qui dans globalité vaut mieux que ça. La prod est sur-véner’, pour tout dire elle est presque trop énorme mais elle a pour elle de mettre en avant les riffs souvent inspirés d’Earnie C et surtout le jeu génial d’Ill Will à la batterie. Quant au taulier, je le trouve fatigué et surtout peu inspiré. Son chant manque parfois de conviction, ses punchlines d’habitudes si inspirés font flop (« If you were on fire, I wouldn’t piss on you » – dude seriously?). Nous parlons bien du Ice T qui était en feu sur Bloodlust.

Résumons, 2 duos discutables, 2 reprises, 4 titres corrects pour 2 qui déboîtent vraiment, Carnivore laisse une impression pour le moins mitigée – et c’est une groupie du groupe qui vous parle. Pour ses 30 ans, Body Count aurait pu s’offrir un cadeau parfait avec ce nouvel album, hélas la perfection n’est pas de ce monde. Loin s’en faut.