David et Eugene sont de retour. Qu’est-ce qui peut mal se passer dans ce qu’ils ont à raconter?

Le Nu Metal plutôt expérimental du duo ne laisse pas sa place à l’indifférence. Soit on aime, soit on déteste. À titre personnel, dès la première écoute du groupe pour Memoirs of a Murderer, j’ai senti qu’il y avait un truc. Car si la musique est parfois discutable, les paroles font 90 % du boulot. Sur Rustbelt Nu Metal, ça relève du quasi-euphémisme.

King 810 – Rustbelt Nu Metal

Enregistré en mars de cette année, en une prise live en studio devant 50 personnes, Rustbelt Nu Metal propose une nouvelle facette de la musique de King 810. Le duo et ses musiciens de session sont revenus à une musique plus classique, aussi bien en termes de son que de structure. Un son qui n’est pas sans rappeler par moments celui de Evil Empire de Rage Against The Machine. Et le parallèle entre les deux groupes ne s’arrête pas là.

Car si cette batterie très naturelle et cette basse distordue renvoient à l’album de 1996, et que les paroles contestataires font toujours partie du package, elles sont adaptées au contexte de 2025.
Gunn s’est fait une spécialité d’écrire des textes noirs au possible, décrivant aussi métaphoriquement que de façon très crue la vie dans une Amérique laissée à l’abandon. Donc, avec le climat politique actuel aux USA, j’aime autant vous dire qu’il s’en donne à cœur joie.

La faussement naïve Wooden Swords, à l’intro glaçante où la 8-cordes est dissonante à souhait et où Gunn hurle ses paroles comme s’il était possédé, complète l’incroyable trio de titres que sont Raindance et Rules of the Game. Tous les titres de l’album sont bons, mais ces trois remportent la palme, aussi bien sur le fond que sur la forme. Bien qu’en matière de paroles, Rustbelt en tienne aussi une sacrée couche. Qu’on soit d’accord ou pas avec ce qui y est dit.

A man waits in the shadows who learned from Hitlers mistakes

Si les paroles sont la principale force de frappe sur cet album, le fait qu’il ait été enregistré en live lui confère aussi une énergie particulière. Bien qu’avec la technologie, on puisse s’autoriser quelques bidouilles en post-prod, King 810 a fait le choix de ne travailler que le mixage. Tout le reste est tel qu’il a été interprété. On ressort de l’écoute meurtri, K.O., poisseux, presque honteux d’avoir un peu de bonheur dans nos vies.

Savoir que je vais (encore) les louper lors de leur passage à Paris me fout les nerfs. Bref. J’avais adoré leurs précédentes sorties, Rustbelt Nu Metal, bien que plus conventionnel, est selon moi leur album le plus abouti à ce jour. Sur mon podium de fin d’année, à n’en pas douter.