Chez Crashdïet, il y a au moins une chose qui ne change jamais : les changements.
Depuis ses débuts, le groupe suédois a connu suffisamment de bouleversements de line-up pour qu’on finisse par se demander si le vrai membre permanent de Crashdïet ne serait pas, tout simplement, Crashdïet lui-même. Nouveau chanteur, nouveaux visages, nouvelle étape… et pourtant, lorsqu’on appuie sur play, miracle : toujours ces guitares, toujours ces refrains énormes, toujours cette odeur de laque et de whisky qui flotte au-dessus du hard rock suédois.
Art Of Chaos arrive donc avec une mission assez simple : prouver que le nouveau line-up peut reprendre le flambeau sans transformer Crashdïet en groupe hommage à Crashdïet. Et, bonne nouvelle, ça fonctionne.
John Elliot s’impose rapidement comme une pièce crédible du puzzle. Sa voix possède suffisamment de mordant pour éviter l’impression de casting de remplacement, tout en respectant l’ADN du groupe. Ce n’est peut-être pas le genre de performance qui va faire réécrire l’histoire du glam rock, mais elle remplit parfaitement le contrat. Et chez Crashdïet, respecter le contrat signifie généralement : chanter comme si la dernière tournée des bars de Stockholm en dépendait.
Musicalement, Art Of Chaos ne fait pas non plus semblant de vouloir réinventer quoi que ce soit. Et pourquoi le ferait-il ? Le groupe possède une formule qui fonctionne : riffs directs, mélodies accrocheuses, refrains taillés pour être repris à plusieurs et cette petite dose de danger parfaitement contrôlée qui rappelle que le sleaze rock a toujours préféré la bouteille de Jack Daniel’s au manuel d’innovation musicale.
La bonne surprise vient surtout de l’efficacité de l’ensemble. Plusieurs morceaux rappellent les différentes périodes de la carrière du groupe, sans se contenter de jouer au musée. « Satizfaction » ou « Edge Of A Knife » possèdent notamment cette énergie qui renvoie aux premières années de Crashdïet, tandis que d’autres titres s’inscrivent davantage dans leur approche plus récente.
Ce qui est assez amusant, c’est que cette volonté de regarder dans le rétroviseur ne débouche pas forcément sur un véritable retour aux sources. Art Of Chaos ressemble plutôt à une compilation imaginaire de tout ce que Crashdïet sait faire. Le problème, évidemment, c’est qu’à force de tout savoir faire dans le même registre, on finit parfois par avoir l’impression d’écouter plusieurs fois la même bonne idée.
Et c’est probablement la principale faiblesse de l’album.
Certains morceaux manquent de relief et la seconde moitié peut donner cette désagréable impression de déjà-entendu. Rien de catastrophique : on ne s’ennuie pas franchement. Mais on se surprend parfois à attendre le prochain refrain comme on attend le prochain virage dans une attraction dont on connaît déjà le parcours.
C’est particulièrement visible lorsqu’on compare Art Of Chaos aux classiques du groupe. Non, ce n’est pas Rest In Sleaze. Non, ce n’est pas non plus Generation Wild. Et il serait inutile de prétendre le contraire sous prétexte qu’une nouvelle formation vient de prendre les commandes. L’album n’a pas cette dimension historique. Il a quelque chose de plus pragmatique : il remet la machine en route.
Et finalement, c’est peut-être exactement ce dont Crashdïet avait besoin. Parce que le véritable intérêt de Art Of Chaos n’est pas de démontrer que le groupe est capable de refaire ses débuts. C’est de montrer qu’après tous ces changements de personnel, son identité est suffisamment forte pour survivre à presque tout. Les membres passent, le chanteur change, les époques défilent… mais les riffs restent.
On pourrait se moquer de cette obstination. Et ce serait même assez facile. Crashdïet joue une musique née il y a plusieurs décennies, avec une esthétique qui semble avoir été soigneusement conservée dans une armoire entre deux bombes de laque. Ses influences sont affichées sans la moindre honte, ses recettes sont connues et ses ambitions restent raisonnablement proportionnées. Mais voilà : ça fonctionne.
Art Of Chaos est donc moins un disque de renaissance qu’un disque de continuité. Un album qui ne bouleverse rien, ne cherche pas à surprendre à tout prix et ne prétend surtout pas avoir découvert une nouvelle formule. Il rappelle simplement que Crashdïet est encore capable d’écrire des morceaux efficaces, mélodiques et suffisamment teigneux pour fonctionner aussi bien sur une platine que devant un public en train de perdre progressivement toute dignité.
Après tout, il fallait bien un peu de chaos pour accompagner autant de changements.
Mais au bout du compte, le chaos chez Crashdïet reste remarquablement bien organisé.
Et c’est probablement ça, leur véritable talent.




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