Tagada tagada voila les mongols.
Il fut un temps où quatre musiciens mongols débarquant avec des instruments traditionnels, du chant de gorge et des riffs metal auraient pu provoquer un véritable court-circuit dans le cerveau d’un chroniqueur occidental. Aujourd’hui, The HU joue avec Iron Maiden, Metallica connaît leur existence, les festivals les accueillent à bras ouverts et plus personne ne s’étonne vraiment de voir une vièle à tête de cheval débarquer au milieu d’un mur de guitares.
La surprise est donc passée. Et c’est précisément le problème auquel HUN doit s’attaquer. Car après The Gereg et Rumble Of Thunder, The HU n’a plus le bénéfice de l’exotisme. Le groupe n’est plus « ces Mongols qui font du metal bizarre ». Il est devenu The HU. Une institution du folk metal mondial, avec son propre vocabulaire, ses propres codes et suffisamment de succès pour désormais être considéré comme une vraie formation internationale plutôt que comme une curiosité musicale particulièrement bien marketée.
Avec HUN, le groupe doit donc faire quelque chose d’assez compliqué : continuer à être The HU sans simplement refaire The HU.
Spoiler : ils n’y arrivent pas toujours. Mais lorsqu’ils y arrivent, ça fonctionne remarquablement bien.
Dès « Warrior Chant », le décor est planté. Les percussions martèlent, les chants de gorge grondent et les instruments traditionnels s’imbriquent dans une architecture metal de plus en plus imposante. The HU connaît désormais parfaitement son effet. Ils savent comment faire monter la tension, quand laisser respirer un morceau et surtout quand sortir le gros riff qui donne immédiatement envie de regarder autour de soi pour vérifier si une horde de cavaliers mongols n’est pas en train de charger le salon.
Le groupe a surtout gagné en assurance. Les compositions sont plus ambitieuses, plus lourdes et parfois plus cinématographiques que sur les premiers albums. HUN ne se contente plus de juxtaposer tradition mongole et rock occidental : il les fait fonctionner comme deux éléments d’un même langage.
Et c’est là que The HU devient particulièrement intéressant. Parce que derrière les instruments traditionnels et le folklore, on entend de plus en plus clairement les groupes qui ont nourri leur culture musicale. « The Real You » ne cache pas franchement son admiration pour Iron Maiden, tandis que « Universe » et ses huit minutes passées lorgnent vers un metal plus monumental, plus progressif, avec cette délicieuse ambition de vous faire regarder l’horizon comme si vous veniez soudainement de découvrir le sens de la vie.
Ironiquement, c’est peut-être en assumant davantage ses influences occidentales que The HU réussit à affirmer son identité. « Horsemen » est probablement l’exemple le plus évident. Le morceau avance comme son nom l’indique : au galop. Les riffs prennent des allures de charge, les rythmes martèlent et les mélodies traditionnelles donnent à l’ensemble une couleur impossible à confondre avec celle d’un groupe de heavy metal lambda. C’est simple, efficace et suffisamment spectaculaire pour fonctionner à merveille en concert.
Et puis il y a « Universe ». Neuf minutes ou presque. Un début atmosphérique. Une montée progressive. Des arrangements qui s’empilent. Une conclusion grandiose. Bref, The HU a décidé qu’il était temps de faire son morceau épique. Et il faut reconnaître que le pari est réussi. Là où certains groupes utilisent huit minutes pour expliquer qu’ils avaient une idée qui tenait en quatre, The HU construit véritablement quelque chose. Le morceau prend son temps, développe son atmosphère et finit par atteindre une ampleur presque cinématographique. C’est probablement l’un des meilleurs indicateurs de l’évolution du groupe : The HU n’a plus seulement besoin d’impressionner par son concept. Il commence à construire des morceaux capables de tenir debout sans lui.
Tout n’est cependant pas aussi convaincant. « Lost Soul », avec Jonny Hawkins de Nothing More, illustre parfaitement cette volonté d’ouverture vers un rock plus contemporain. Sur le papier, l’association est logique. Dans les faits, elle fonctionne… jusqu’à un certain point. Le morceau possède de l’énergie et un refrain efficace, mais l’intervention occidentalisante semble parfois un peu trop visible, comme si The HU avait décidé qu’après avoir conquis les steppes, il fallait maintenant cocher la case « collaboration avec chanteur américain ».
On comprend l’intention. On aurait simplement aimé qu’elle soit un peu moins visible.
C’est d’ailleurs la principale réserve que l’on peut avoir envers HUN. À force de vouloir agrandir son terrain de jeu, The HU prend parfois le risque de lisser ce qui faisait son caractère le plus fascinant. Le groupe reste immédiatement identifiable, mais certaines compositions donnent l’impression de vouloir devenir plus « universelles », comme si l’on pouvait désormais exporter la steppe en format radio.
Heureusement, les meilleurs morceaux rappellent que The HU n’a besoin de personne pour être The HU. Et c’est finalement ce qui rend HUN intéressant dans la carrière du groupe. Il ne s’agit plus de démontrer que la formule fonctionne. Tout le monde le sait. Le véritable enjeu est de voir jusqu’où elle peut être étendue sans perdre son âme. Sur ce point, The HU avance prudemment. Peut-être même un peu trop prudemment par moments.
Mais lorsqu’ils cessent de vouloir prouver quoi que ce soit, qu’ils laissent simplement les instruments traditionnels, les chants et les guitares dialoguer, le groupe retrouve cette magie particulière qui l’a rendu célèbre. Cette impression d’écouter quelque chose de profondément ancré dans une culture précise tout en étant suffisamment puissant pour parler à quelqu’un qui n’a absolument aucune idée de ce que racontent les paroles.
Et c’est peut-être le plus beau tour de force de The HU. Vous ne comprenez pas forcément un mot. Mais vous comprenez parfaitement l’intention.
HUN n’est donc pas le disque de la surprise. Cette époque est révolue. Ce n’est pas non plus une révolution dans la discographie de The HU. Le groupe ne cherche plus à prouver qu’il est unique : il commence à chercher comment devenir durable. Et à l’écoute de « Horsemen », « The Real You », « Grey Hun » ou de l’ambitieux « Universe », il semble bien parti pour y parvenir.
Reste simplement à éviter un piège : à force de jouer avec les codes du metal occidental, The HU pourrait finir par devenir un groupe de metal occidental avec des instruments mongols.




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