Dans la forêt norvégienne, personne ne vous entend vieillir.

Avec En Skog Av Nidstang, Taake retourne une nouvelle fois dans les bois, les brumes et les riffs de black metal norvégien. Quatre morceaux, trente-six minutes et suffisamment de froid dans les guitares pour congeler Bergen : Hoest ne cherche pas à moderniser Taake, seulement à continuer de faire ce qu’il fait depuis trois décennies. Avec tout ce que cela implique.

Taake - En Skog Av Nidstang

Il existe probablement quelque part un manuel secret du black metal norvégien.

Page 1 : trouver une forêt.
Page 2 : attendre la nuit.
Page 3 : enregistrer des guitares qui donnent l’impression qu’elles ont été enterrées sous la neige.
Hoest, lui, n’a visiblement jamais eu besoin du manuel.

Depuis les débuts de Taake, le musicien construit une vision personnelle du black metal norvégien, quelque part entre tradition, atmosphère, mélodie tordue et envie manifeste de ne surtout pas avoir l’air sympa. Avec En Skog Av Nidstang, neuvième album de Taake, la formule est toujours là. Quatre titres seulement : Einstoeingen og eg, Et dyr tok min hud, Engler et Av guds ville naade.

Le format est presque minimaliste.
Quatre compositions longues, aucune envie de faire court, et une production suffisamment rugueuse pour rappeler que le black metal n’est pas censé être un concours de propreté sonore. Mais Taake ne joue pas exactement la carte du chaos.
Les riffs restent travaillés, les mélodies apparaissent derrière les nappes de guitare et certaines sections prennent leur temps pour installer une atmosphère plutôt que de foncer tête baissée dans le mur.

Einstoeingen og eg donne immédiatement la direction : froid, mélodique, agressif, mais jamais franchement spectaculaire.
C’est du Taake.
Et parfois, c’est précisément le problème.

Il faut reconnaître une qualité à Hoest : il ne semble absolument pas intéressé par la modernisation du produit. Pendant que certains groupes de black metal cherchent à ajouter des orchestrations, des textures électroniques ou des productions capables de faire passer chaque cymbale au scanner, Taake continue à privilégier une approche organique et rugueuse.

La production de En Skog Av Nidstang conserve cette sensation de matière brute tout en laissant mieux respirer les guitares. Une sorte de compromis entre sonorité primitive et production suffisamment lisible. Et ça fonctionne particulièrement bien lorsque les riffs prennent une tournure mélodique.

Sur Et dyr tok min hud, les guitares s’empilent progressivement, tandis que Engler développe une construction plus sinueuse, alternant passages atmosphériques et accélérations plus franchement black metal.

Mais quatre longs morceaux, c’est parfois long. Parce que 36 minutes réparties sur quatre morceaux, cela signifie que chaque composition doit réellement justifier son développement. Et ce n’est pas toujours le cas.

Certains passages s’installent dans la durée sans produire suffisamment de tension supplémentaire. Là où la répétition peut créer une sorte d’hypnose, elle peut aussi donner l’impression que Hoest a oublié qu’il pouvait couper avant la huitième minute.

En Skog Av Nidstang n’est pas l’album qui va convertir quelqu’un au black metal. Il ne cherche pas non plus à révolutionner Taake. À une époque où tout doit être plus gros, plus propre, plus rapide et immédiatement identifiable, Taake propose l’inverse : quatre longs morceaux qui demandent du temps, de l’attention et, idéalement, une météo franchement dépressive.

La météo est peut-être le seul gros loupé vu l’été qu’on vient de se palucher.