Le retour du plus américain des groupes russes. Avec beaucoup de choses à prouver.
Déjà, il faut qu’ils prouvent qu’ils sont plus qu’un groupe « gimmick », avec masques et chanteur qui beugle comme un ours (ours <=> grizzly — vous l’avez ?). Ensuite, il faut que, musicalement, ils se démarquent des autres groupes de deathcore avec des ours au chant et des breaks massifs. Enfin, il faut aussi que Slaughter to Prevail prouve que le groupe ne se résume pas à un chanteur qui se bat tout le temps, que ce soit avec des ours (décidément) ou des gens. Ça fait beaucoup.
Il suffit de jeter un œil à la pochette de Grizzly pour se rendre compte que, pour au moins deux des points évoqués juste avant, c’est raté. Alex et les masques sont la vitrine de STP. Bon courage pour s’échapper de ça si un jour le besoin s’en fait sentir. Heureusement, STP s’en sort plus que bien pour le troisième point: la partie musicale.
Relocalisés en Floride depuis le début de la guerre en Ukraine, ils se sont vite mis au boulot. Comme pour Kostolom, c’est avec un flot quasi ininterrompu de singles depuis 2022 que STP se fait remarquer — en bien. C’est donc fort logiquement qu’on retrouve 1984 (2022), Viking (2023), Conflict (2024), Kid of Darkness (2024), Behelit (2024), Russian Grizzly in America (2025) et Song 3 (avec Babymetal) sur Grizzly, auxquelles viennent s’ajouter Banditos, Imdead (avec l’infâme Ronald Radke de Falling in Reverse), Babayka, Koschei, Lift That Shit et Rodina pour un total de 13 titres.
Banditos ouvre l’album. Beaucoup d’orchestrations pour un titre qui donne l’impression qu’ils ont pas mal écouté Lorna Shore. Du bon deathcore basique et efficace. American Grizzly in America confirme deux choses : STP sait toujours faire du STP, et le fait avec beaucoup d’humour. Je vous renvoie au clip pour voir de quoi il retourne. C’est d’ailleurs un des principaux changements faisant suite à la migration du groupe outre-Atlantique : notre petit monde se prend beaucoup moins au sérieux et assume ce côté « Russes qui font des trucs débiles mais savent en rire ».
Comme sur Kostolom, l’ombre de Slipknot flotte au-dessus de l’album. Ça s’entend sur Banditos, c’est encore plus évident sur Iamdead. C’est d’autant plus flagrant avec ce son de caisse claire qui donne l’impression que Clown de Slipknot tape avec sa batte en alu sur la batterie de Lars Ulrich pendant l’enregistrement de Saint Anger. Bref, le morceau est cool, mais Radke n’apporte qu’un couplet qui pourrait provenir de n’importe quel titre de Falling in Reverse.
Babayka apporte une ambiance différente et ralentit un peu le tempo. C’est très, très bien, et sans doute un de mes morceaux favoris. À contrario, Viking semble moins inspiré. Song 3, avec Babymetal, relève plus du gimmick rigolo et d’une opportunité de faire parler que d’autre chose.
Côté hommage, Behelit est une déclaration d’amour à Kentaro Miura (mangaka, auteur de Berserk) plutôt réussie. Quant à Rodina, c’est un hommage à Rammstein, plutôt osé par son approche mais néanmoins intéressant. Globalement, l’album se tient, et il n’y a pas de ratage à proprement parler. J’irai même jusqu’à dire qu’il est mieux que Kostolom grâce à la variété qu’il propose.
Grizzly est une belle évolution pour le plus américain des groupes russes. Slaughter To Prevail assume de mélanger son deathcore à d’autres registres musicaux de la sphère métal, le tout sans trop se prendre au sérieux. On pense ce qu’on veut d’Alex Terrible et de sa bande, n’empêche que l’animal et ses potes font le job, et le font très bien.



