Avec son seizième album, Kreator va t-il écraser ce début 2026 comme le titre Krushers Of The World le laisse entendre?

Étant donné la tournure prise par les derniers albums du quatuor, la question peut légitimement se poser. Ô surprise, sur Krushers Of The World Kreator continue d’arrimer des tropes et des astuces du heavy metal au pare-chocs de son chariot thrash, tout en explorant de nouvelles idées et sonorités. Cela ne plaira peut-être pas à la brigade Pleasure to Kill 4 Eva, mais il est indéniable que les teutons ont prouvé leur capacité à évoluer sans renier leur esthétique fondamentale.

Kreator - Krushers Of The World

Kreator lance Krushers avec plusieurs énormes morceaux qui marquent immédiatement. L’ouverture, Seven Serpents, débute sur une ligne de guitare solennelle, avant que tout explose et que le naturel ne ressurgisse pour vous massacrer. Les riffs déchaînés évoquent clairement l’ère Extreme Aggression, et cette férocité animale est un vrai plaisir à entendre. Mille scandant « Snakes in human form » active un centre de plaisir reptilien très primaire, avec un refrain fluide, épique et terriblement efficace. Vous avez dit « tailler pour la scène »? Ce genre de titre explique pourquoi Kreator est resté pertinent à travers les époques et les modes.

Satanic Anarchy est tout aussi impressionnant, mais par une autre approche : un thrash massif en introduction, suivi d’un refrain énorme et diablement accrocheur. Tränenpalast ralentit le tempo. Mille y partage le micro avec Britta Görtz d’Hiraes. Le titre est redoutable, Görtz apporte un growl death metal convaincant en contrepoint de l’aboiement thrash de Mille.

Parmi les autres moments forts, on trouve la féroce Blood Of Our Blood, du Kreator « plus basique tu meurs ». Mais en fait c’est pour ça qu’on est là! Vas-y envoie!!! Loyal To The Grave fait également mouche avec son côté très Heavy Metal. Même la chanson-titre, avec son ambiance un peu atypique, fonctionne mieux qu’on ne l’aurait cru. Des titres comme Barbarian et Psychotic Imperator sont solides, mais restent un peu plus génériques. Avec ses 46 minutes, Krushers ne donne jamais l’impression d’être trop long : les morceaux sont courts, bien resserrés, et les accroches sont nombreuses. C’est précisément là que le style de Kreator brille le plus.

Mille et Sami Yli-Sirniö livrent une pluie de riffs thrash massifs rappelant différentes périodes du groupe, tout en ornant les compositions d’une multitude d’idées issues du heavy metal pour adoucir et arrondir le son. Kreator réussit cet exercice mieux que la plupart des groupes de leur génération, émoussant les aspérités de leur brutalité originelle sans trop diluer le résultat.

La voix de Mille demeure puissante et venimeuse, et il est impressionnant de l’entendre aussi agressif après tant d’années passées à martyriser ses cordes vocales. Le batteur originel Ventor frappe toujours avec la même implacable intensité, véritable force tonitruante qui propulse les morceaux à travers vous comme des projectiles de canon ferroviaire. Le son Kreator est toujours bien vivant après toutes ces années, même s’il se pare parfois de touches plus légères.

Krushers of the World est un bon album de Kreator, riche en moments monumentaux, et plus Thrash que leurs dernières sorties. Il est supérieur à Hate Über Alles et prouve que ces démons savent encore déchaîner violence et puissance en grandes quantités.