Après le Métal ultra bourrin, le Métal Prog, le Métal nawak, Devin Townsend se lance dans un nouveau défi : l’opéra rock.
Si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez que je vouais un culte à Devin Townsend et à son œuvre. Je dis « vouais » car ce culte a trouvé ses limites à partir d’Epicloud (2012), sur lequel Townsend avait fait, pour moi, le tour de la question. On sentait pointer sur cet album une sorte d’overdose créative qui allait accoucher de près de 9 albums sortis entre 2013 et 2025. L’inévitable conclusion est un burn-out créatif dont The Moth est l’aboutissement et sur lequel Devin se confie assez ouvertement.
Car The Moth est un projet au long cours que le Canadien avait en tête depuis près de 15 ans. Un projet très personnel qui l’a conduit à travailler énormément sur lui tant les thèmes abordés le touchent directement. De son propre aveu, la décharge émotionnelle fut telle après avoir terminé l’album qu’il ne sait plus quoi faire. Le trou noir artistique complet. De là à arrêter ? L’avenir nous le dira. Retour à l’insecte qui nous intéresse aujourd’hui.
Le papillon de nuit (« moth » en anglais) sert de métaphore centrale à l’œuvre. Selon Townsend, l’histoire parle de transformation personnelle, de remise en question des vieux schémas de comportement et de l’acceptation de soi. Le personnage principal est confronté à ses conflits intérieurs jusqu’à une forme de métamorphose spirituelle.
Tout au long des 24 morceaux, on retrouve la patte Townsend. Mais décuplée. Énorme présence orchestrale, chœurs massifs, passages théâtraux proches de l’opéra, structures longues et complexes, alternance entre moments très intimes et explosions sonores monumentales. Tout y passe, souvent avec bonheur, parfois avec fébrilité.
Conçu dès le départ comme une œuvre orchestrale complète plutôt qu’un album rock traditionnel, la structure du tout peut déstabiliser et on a la sensation d’avoir du mal à extraire quelque chose de l’ensemble. Je dis parfois en parlant d’un album qu’il lui manque un titre vraiment marquant. Sur The Moth, cette remarque est nulle et non avenue. C’est un tout cohérent. Moi qui aime les choses bien structurées, bien carrées, cela m’a sorti de ma zone de confort et, pour le coup, j’ai apprécié. Cela faisait bien longtemps qu’un disque n’avait pas touché cette fibre à la fois déstabilisante et pas désagréable pour autant.
Devin parle de l’œuvre de sa vie. Ça se comprend, bien que pour moi l’œuvre de sa vie soit et restera à jamais City (autre salle, autre ambiance). Cela dit, cet album, qui demande à être écouté du début à la fin tant il fonctionne comme une expérience complète plutôt qu’une collection de chansons indépendantes, a indéniablement un truc en plus. C’est ambitieux, ça gagne en richesse à chaque écoute. Sans parler de ces passages épiques, plus proches d’une bande originale que d’un album de Métal classique, qui mettent 1000-0 à n’importe quelle B.O. de blockbusters sortis ces 15 dernières années.
Donc non, pas un album de Métal classique, mais probablement un futur classique.




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