Il semblerait que Deafheaven ait décidé de ranger les nappes de shoegaze au placard pour ressortir les instruments de torture.
Publié par surpris, At Work in the Fields of the Bomb est un EP de trois titres qui marque un sérieux retour aux sonorités les plus agressives du groupe californien. Et autant dire que les amateurs de black metal atmosphérique ont quelques raisons de se réjouir.
Dès Hunter, le ton est donné : blast beats dévastateurs, riffs en tremolo picking, guitares acérées et chant hurlé de George Clarke. Mais Deafheaven ne se contente pas de foncer tête baissée. Les arrangements symphoniques, particulièrement présents, apportent une dimension presque théâtrale à cette déferlante de violence. Une orientation qui évoque parfois les grandes heures du black metal européen, notamment Emperor, sans pour autant faire disparaître la personnalité du groupe.
Après cette première décharge, Three Princes joue les intermèdes atmosphériques. Une courte parenthèse de près de trois minutes, bienvenue avant le morceau de résistance. Car avec Sorry Laid the Hearth et ses treize minutes, Deafheaven sort l’artillerie lourde. La composition évolue progressivement, alternant accélérations furieuses, passages plus contemplatifs, guitares dissonantes et conclusion particulièrement oppressante. Un véritable voyage dans les ténèbres, dont on ne ressort pas forcément indemne.
Avec seulement 23 minutes au compteur, difficile toutefois de ne pas rester sur sa faim. On aurait volontiers repris une deuxième ration, surtout lorsque le résultat est aussi convaincant. Mais ce format ramassé permet justement au groupe de concentrer toute son énergie sur l’essentiel, sans s’égarer dans les habituelles longues digressions post-rock.
En renouant avec un black metal plus frontal, Deafheaven signe une excellente surprise et confirme la belle dynamique amorcée avec Lonely People With Power. At Work in the Fields of the Bomb est un EP intense, sombre et remarquablement maîtrisé, qui devrait séduire les amateurs de black metal atmosphérique et de sensations fortes. Si cette parenthèse particulièrement méchante annonce la direction du prochain album: je dis oui!



