J’en ai une bonne.
Est-ce que vous savez qu’elle est la seule chose qui change chez Madball?
Le line-up.

Il y a quelque chose de rassurant chez Madball. Dans un monde où tout change en permanence, où les groupes se découvrent soudainement une passion pour l’électro, le post-machin ou les concepts en trois actes, Madball, lui, reste fidèle à sa mission : jouer du hardcore avec suffisamment de conviction pour faire comprendre à tout le monde que, non, décidément, il ne faut pas déconner.

Avec Not Your Kingdom, le groupe ne débarque donc pas pour réinventer la roue. Ce serait d’ailleurs assez malvenu : après plus de trente ans à la fabriquer, la pousser dans les escaliers et la jeter sur des publics en sueur, Madball sait très bien à quoi elle ressemble. Ici, pas de virage artistique à 180 degrés, pas de « nouvelle direction » annoncée avec des trémolos dans la voix. Juste Madball. Encore. Et heureusement.

Car si le groupe a gagné quelque chose avec les années, c’est une maîtrise presque insolente de son propre langage. Les riffs vont droit au but, la rythmique cogne avec la délicatesse d’un videur à l’entrée d’un club, et Freddy Cricien continue de faire ce qu’il sait faire depuis toujours : transformer chaque phrase en ordre de mobilisation générale.

Le plus amusant, c’est que cette absence de surprise pourrait être un défaut rédhibitoire chez à peu près n’importe quel autre groupe. Chez Madball, elle devient presque une qualité. On sait ce qu’on va trouver. On sait même à peu près comment on va le trouver. Et pourtant, lorsqu’un morceau démarre, le cerveau n’a pas le temps de protester : le corps a déjà pris sa décision.

Not Your Kingdom trouve ainsi sa place dans une discographie où la question n’est plus vraiment « Madball va-t-il nous surprendre ? », mais plutôt « Madball va-t-il encore réussir à nous faire croire qu’il vient de nous engueuler personnellement ? ». Réponse : oui.

L’album ne cherche pas à rivaliser avec les classiques du groupe en leur donnant un coup de peinture fraîche. Il assume plutôt la position d’un vétéran qui n’a aucune intention de prendre sa retraite parce qu’on lui a expliqué que le hardcore avait changé. Et puis quoi encore ? Il faudrait maintenant respecter les tendances ?

C’est là toute la force de Madball : cette capacité à rester enfermé dans ses propres codes sans donner l’impression d’être prisonnier. Bien sûr, les amateurs de renouvellement perpétuel pourront trouver que le groupe tourne autour des mêmes obsessions. Ils auront probablement raison. Mais ils auront aussi probablement oublié qu’on ne vient pas chez Madball pour découvrir une nouvelle philosophie de vie.

On vient pour prendre une claque.

Et Not Your Kingdom en distribue suffisamment pour rappeler que la longévité n’est pas forcément synonyme d’essoufflement. Madball joue avec cette assurance des groupes qui savent exactement où ils mettent les pieds — et qui, accessoirement, savent très bien que personne ne va leur demander de changer la recette.

Au final, Not Your Kingdom n’est peut-être pas une révolution. Mais Madball n’en a manifestement rien à faire. Le groupe continue d’avancer avec ses vieilles armes, son vieux langage et une foi intacte dans l’idée qu’un bon riff peut encore régler beaucoup de problèmes.

Et franchement, après toutes ces années, c’est presque devenu une forme d’élégance.

Pas ton royaume ? Très bien. Mais manifestement, c’est toujours le leur.