Lifeblood ou quand les Vikings découvrent qu’ils ont plus de trente ans.

Il existe deux types de groupes de Viking Metal. Ceux qui finissent par enregistrer des chansons qui ressemblent à une publicité pour une marque de bière artisanale, et puis il y a Einherjer. Trente ans de carrière, dix albums, et une capacité presque surnaturelle à faire exactement ce qu’on attend d’eux… sans donner l’impression de tourner complètement en rond.

Einherjer - Lifeblood

Avec Lifeblood, les Norvégiens ne réinventent absolument rien. Pas une révolution. Pas même un petit coup d’État musical. Ils reviennent simplement avec un album qui sent le sel, le bois humide, les fjords et la barbe entretenue avec soin. Une sorte de confort nordique.

Musicalement, l’album alterne les morceaux plus agressifs comme Bloodborn ou Arr For Arr avec des passages plus contemplatifs et épiques. Les guitares restent mélodiques, la batterie avance comme un drakkar bien lancé, tandis que les ambiances folk se fondent dans le décor sans jamais transformer le disque en fête médiévale où quelqu’un finit par jouer de la cornemuse devant une rôtisserie.

C’est justement là que le bât blesse. Une fois passée l’excellente première impression, Lifeblood ralentit. Beaucoup. Les morceaux prennent leur temps, respirent, construisent leur atmosphère… parfois un peu trop consciencieusement. On admire le paysage, certes, mais on finit aussi par vérifier discrètement combien il reste de minutes avant le prochain solo.

Le morceau final, The Eternal North, concentre d’ailleurs tout ce qui fait la force et la faiblesse du disque : long, majestueux, cinématographique, chargé d’émotion… et suffisamment étendu pour permettre de préparer un café entre deux montées en puissance.

Là où Einherjer impressionne encore, c’est par son élégance. Le groupe n’essaie jamais de sonner plus brutal que les jeunes loups du Black Metal, ni plus festif que les amateurs de cornes à hydromel. Il avance tranquillement, avec l’assurance de vétérans qui n’ont plus rien à prouver. Ils savent que leur public est là, quelque part entre une collection de vinyles et une hache décorative achetée sur Temu.

Au fond, Lifeblood est un album de maturité. Le genre de disque qui préfère raconter une vieille légende au coin du feu plutôt que de courir partout en hurlant « ODIN ! » toutes les trente secondes. Certains regretteront le manque de mordant, d’autres apprécieront cette retenue. Tout dépend de ce que l’on cherche : une bataille ou une saga.

Verdict ? Lifeblood ne fera probablement pas basculer le Viking Metal dans une nouvelle ère. En revanche, il rappelle pourquoi Einherjer fait partie des rares anciens qui continuent d’inspirer le respect. Ce n’est peut-être pas leur album le plus spectaculaire, mais il possède quelque chose de plus rare : la sérénité de ceux qui n’ont plus besoin d’impressionner tout le monde.

Et finalement, c’est peut-être ça, devenir un vieux Viking : moins courir après la gloire, plus savourer le paysage en regardant les jeunes se fatiguer à ramer.