Imaginez que vous êtes directeur d’un label. Qu’un de vos concurrents trouve un concept qui cartonne. Qu’est-ce que vous faites?

PRESIDENT avait visiblement un cahier des charges : des masques, du mystère, une esthétique apocalyptique et suffisamment de marketing pour faire croire qu’on assistait à l’arrivée du prochain messie du metal moderne. Pas comme si sleep token nous avait déjà fait le coup mais passons.
Il ne restait plus qu’à écrire un album. Avec Blood Of Your Empire, le groupe apporte une réponse assez claire : l’emballage était probablement la partie la plus travaillée.

President – Blood Of Your Empire

Dès les premiers morceaux, le problème saute aux oreilles. PRESIDENT empile les grosses guitares, les nappes électroniques, les effets de production et les refrains supposément imparables avec l’enthousiasme d’un stagiaire à qui on aurait donné accès à tous les boutons d’un studio.

Le résultat est propre. Trop propre, même. Tout semble avoir été passé au polish jusqu’à ce qu’il ne reste plus beaucoup de relief. Angel Wings, DOOM LOOP ou dark heaven donnent parfois l’impression d’écouter une playlist algorithmique ayant reçu pour consigne « metal, mais mystérieux ». En n’omettant évidemment pas de cocher l’option « chanteur qui chouine ».

On cherche la rage, la surprise, un peu de danger. On trouve surtout une production XXL qui fait beaucoup d’efforts pour dissimuler le vide abyssal de compositions étonnamment sages.

Le concept autour de PRESIDENT est pourtant bien huilé. Anonymat, masques, symbolisme religieux, esthétique sombre : tout est prévu pour déclencher la curiosité et alimenter les conversations. Le problème, c’est qu’un masque ne peut pas chanter à la place d’un bon morceau.

Blood Of Your Empire donne régulièrement le sentiment que chaque décision artistique a été validée par un comité chargé de vérifier son potentiel viral. Les refrains doivent être mémorisables, les atmosphères immédiatement identifiables et chaque élément suffisamment spectaculaire pour pouvoir être découpé en extrait de trente secondes. Soit le temps d’attention maximum des teuteux sur TikTok.

À force de vouloir cocher toutes les cases du metal moderne, PRESIDENT finit surtout par donner l’impression de n’en habiter aucune.

Le groupe tente pourtant d’élargir son terrain de jeu avec de l’électronique, du hip-hop, de la pop sombre et quelques influences industrielles. Sur le papier, c’est plutôt séduisant.
Dans les faits, cette volonté de mélanger les genres ressemble souvent à une réunion où chacun est venu avec son idée et où personne n’a pensé à supprimer les moins bonnes.

Hate Figure pousse notamment vers le rap-metal, mais l’ensemble manque de véritable personnalité. Les influences sont là, parfaitement visibles, parfaitement produites, parfaitement rangées. C’est justement le problème : rien ne semble suffisamment dangereux pour dépasser le stade du produit bien emballé.

Mais tout paraît tellement calculé que la musique finit par ressembler à une démonstration technique. C’est le metal comme produit de showroom : impressionnant cinq minutes, puis étrangement oubliable dès qu’on passe à la voiture suivante.

Et cette impression est d’autant plus dommageable que la concurrence, dans le metal moderne, ne manque pas de groupes capables de mélanger électronique, pop et violence sans donner l’impression d’avoir rempli un formulaire marketing.

Avec Blood Of Your Empire, PRESIDENT prouve surtout qu’on peut avoir une esthétique redoutablement efficace et une musique beaucoup moins convaincante.

Le disque n’est pas catastrophique. Ce serait presque lui faire trop d’honneur. Il est surtout terriblement lisse, prévisible et conscient de vouloir paraître plus important qu’il ne l’est réellement. Ce qui conforte mon ressenti du Hellfest.

PRESIDENT veut bâtir un empire. Pour l’instant, il a surtout monté une très belle vitrine.