Le revenant refuse de quitter la scène.
Avec One Assassination Under God – Chapter 2, Marilyn Manson referme son diptyque de renaissance artistique dans une ambiance beaucoup moins spectaculaire que ses grandes heures, mais nettement plus maîtrisée. Moins de provocation gratuite, davantage de noirceur : Manson semble désormais préférer les fantômes aux artifices.
Il faut parfois plusieurs années pour enterrer une carrière. Marilyn Manson, lui, a toujours eu un rapport assez particulier avec les cimetières.
Après One Assassination Under God – Chapter 1, paru en 2024, Brian Warner revient avec le second volet de ce qui forme désormais un diptyque de neuf titres. Unalive, Don’t Answer The Door, Front Toward Enemy, None of the Suns, The Arsonist ou encore Exit Wound composent un disque de 43 minutes qui ne cherche pas vraiment à refaire le passé.
Concrètement cela veut dire que Marilyn Manson n’essaie plus de redevenir Marilyn Manson.
Le Manson de Antichrist Superstar est évidemment absent. Celui de Mechanical Animals aussi. Même le personnage grotesque et provocateur des années 2000 semble avoir pris sa retraite. À la place, on retrouve un artiste beaucoup plus sombre, parfois presque dépouillé.
La production, les guitares et les ambiances gothiques et industrielles installent un climat pesant sans chercher systématiquement le grand coup de poing. Chapter 2 est moins immédiat que son prédécesseur, mais plusieurs écoutes révèlent un disque plus cohérent qu’il n’en a l’air au premier passage. Manson ne cherche plus forcément à choquer. Il cherche à survivre à son propre personnage.
Le début du disque privilégie une forme de tension contenue. Unalive avance avec cette lenteur mélancolique devenue l’un des nouveaux territoires de Manson. Don’t Answer The Door installe une ambiance plus post-punk, tandis que Front Toward Enemy remet un peu de nerf dans la machine. Puis viennent All The Vilest Things, None of the Suns et Lucifer’s Teardrop, qui prolongent cette esthétique sombre et presque funéraire.
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence relative de grand numéro de cirque. Manson n’a plus besoin de déclarer qu’il est dangereux toutes les trente secondes. Il laisse les chansons faire le travail. Curieusement, cela lui va plutôt bien.
Évidemment, impossible d’écouter un album de Marilyn Manson en 2026 sans entendre son passé. Mais Chapter 2 ne fonctionne pas comme un best-of déguisé. Certains arrangements rappellent ses différentes périodes, mais l’ensemble donne surtout l’impression d’un artiste qui accepte enfin de ne plus courir après sa propre légende. C’est particulièrement perceptible sur The Arsonist et Exit Wound, où la fragilité prend le dessus sur l’arrogance.
Le disque n’est pas parfait pour autant. Il est moins immédiat que Chapter 1, et certaines compositions paraissent volontairement étirées. Ceux qui attendent un retour à l’agressivité de la grande époque pourront donc trouver le résultat trop sage. Mais ce serait passer à côté de son intérêt.
One Assassination Under God – Chapter 2 clôt un cycle. Il ressemble moins à une revanche spectaculaire qu’à une reconstruction patiente et plus maîtrisée.
Nous voila donc arrivé au point où Marilyn Manson paraît plus intéressant lorsqu’il cesse d’essayer de faire peur. Vous me direz qu’avec lui on n’est plus à un paradoxe près.




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