C’est maintenant qu’on fait les blagues sur la lenteur supposée des suisses ou on attend encore?

Après 32 ans de silence discographique et près de 10 ans après son annonce, Coroner tente l’impossible avec Dissonance Theory. C’est-à-dire de sortir un disque « essentiel » – oui carrément – gardant à la fois un pied dans leur glorieux passé thrash et l’autre dans une curiosité plus… « progressive ».

Coroner - Dissonance Theory

Coroner n’a pas complètement roupillé l’annonce de l’album. Depuis 2010, ils écument les festivals et les scènes comme pour se prouver qu’ils existent encore. Et nulle doute que ce temps passé sur la route au contact de plusieurs génération de musiciens a eu son petit effet sur le trio helvète.

Les guitares accordées plus bas s’enchaînent à la manière de Nevermore, les refrains massifs rappellent Kreator en mode stades pleins, et parfois, on flirte même avec la brutalité simpliste d’un Lamb of God. En somme, Coroner a vieilli, mais au lieu de cacher ses rides, il les expose fièrement.

Et c’est quand les textures de guitare s’empilent, que les solos se tordent dans tous les sens et que le thrash classique refait surface que Dissonance Theory brille vraiment. Vetterli reste un guitar hero dans l’âme – capable de passer du riff frénétique au solo bluesy qui fait lever un sourcil admiratif (Transparent Eye). L’ensemble est bien ficelé : la basse ronfle, la batterie groove. Bon, deux ou trois morceaux s’égarent un peu, mais on sent quand même la patte du vieux briscard qui maîtrise encore son art.

En revanche, niveau production, le travail de Bogren mérite quelques remarques – disons que ça sonne moderne, mais pas toujours dans le bon sens. Ce qui faisait le charme de Coroner, c’était ce son de guitare tranchant, nerveux, précis. Ici, on a plutôt droit à un gros mur sonore bien compressé, avec une basse sur-vitaminée et un mix qui confond puissance et lourdeur. La batterie claque, certes, mais tout ça manque parfois de relief : à force d’écraser le son, on finit par aplatir les morceaux eux-mêmes.

Mais malgré ces choix discutables, l’influence de Coroner continue de se sentir, même des décennies après leurs débuts. Et surtout, Dissonance Theory prouve qu’en 2025, les vieux maîtres savent encore observer leurs héritiers pour remodeler leur propre visage. Est-ce que l’album est aussi révolutionnaire qu’ils l’espéraient ? Sans doute pas. Mais il a ce petit quelque chose d’intelligent et de mature qui donne envie d’y revenir. Si ce disque marque vraiment le début d’un nouveau chapitre, alors on peut espérer que le prochain sera un peu moins sage. Et surtout qu’il ne faudra pas attendre 32 ans de plus.