Nos routes se sont croisés l’an dernier au Graspop. Ca m’avait paru insipide et sans âme. Du coup, pour pouvoir justifier de continuer à tailler le groupe j’ai me suis envoyé leur dernier album.

Il y a des groupes qui célèbrent leur carrière avec un best-of bien rangé, quelques photos en noir et blanc et un communiqué de presse expliquant que « l’aventure continue ». Et puis il y a Motionless in White. Avec Decades, le groupe de Scranton transforme la rétrospective en véritable machine à remonter le temps, histoire de rappeler que son parcours n’a jamais été particulièrement linéaire.

Ce nouvel opus revient sur l’évolution de Motionless in White, depuis ses premières années marquées par un metalcore très agressif jusqu’à son mélange assumé de metalcore teinté d’indus, de gothique version Temu et d’électronique. Autrement dit : une discographie qui n’a jamais eu peur de changer de costume, parfois même au beau milieu du morceau.
Cela dit, transformer Bozo en Pennyswise, ça reste toujours un clown.

Decades permet de mesurer cette transformation. On entend encore les fondations agressives du groupe, mais elles cohabitent désormais avec des compositions qui se veulent beaucoup plus ambitieuses et surtout accessibles. Une évolution qui aurait pu tourner au grand écart permanent. Chez Motionless in White, elle finit plutôt par ressembler à une stratégie soigneusement assumée.

Le résultat est parfois outrageusement excessif. Mais c’est précisément le principe. Le groupe n’a jamais semblé particulièrement intéressé par l’idée de faire les choses à moitié. Quand un peu de gothique fonctionne, pourquoi ne pas en mettre davantage ? Quand un riff industriel fonctionne, autant ajouter quelques machines, des synthés et une ambiance de fin du monde pendant qu’on y est. C’est bien entendu sur la production que c’est le plus flagrant avec cette stratégie du « T.A.F. » (Tout A Fond). Parce qu’après tout pourquoi pas? Même si le son est tellement énorme que s’en est débile.

Des titres plus brutaux aux morceaux privilégiant les mélodies et les ambiances, le groupe a progressivement construit une formule reconnaissable. A savoir exactement la même que tous les groupes du genre qui cartonnent. Toutes les cases sont cochées, y compris celle indiquant « refrains conçus pour être hurlés par plusieurs milliers de personnes ».

Motionless in White signe avec Decades un album cherchant à célébrer son évolution. Soit. C’est très bien fait, ça sonne fantastique mais sans la touche gothico / indus / mon zbi ce ne serait qu’un groupe de Metalcore de plus.

OH WAIT!