Pour son cinquième opus, Uada se lance dans l’expérimentation avec un grand E.

En effet, Interwoven n’est pas un « vrai » nouvel album à proprement parler mais plutôt une relecture de certains titres de la discographie du groupe revu sous un prisme purement acoustique. Terrain déjà exploré par d’autres auparavant avec plus ou moins de bonheur.

Uada - Interwoven

Ce qui différencie Interwoven des autres exercices du genre, c’est que Uada semble vouloir mettre en avant l’échafaudage parfois fragile qui soutient sa musique. Ayant le fait le choix délibéré de tomber l’armure et de proposer une forme dépouillée, la musique d’Interwoven avance comme une sorte de rituel de désagrégation.

L’architecture musicale repose essentiellement sur des guitares traçant des arcs oscillant entre clarté et abrasion. La présence du violoncelle enrichit cet échange avec une texture presque organique. La batterie, lorsqu’elle intervient, passe d’un battement contenu à des envolées soudaines. Les voix restent en retrait, exposées d’une manière presque cérémonielle. Le groupe joue sur cette dualité, toujours sur la corde raide, à la limite de la rupture. C’est à la foi pesant et fascinant.

Chaque morceau— qu’il s’agisse d’un fragment réinterprété du passé du groupe ou d’une silhouette empruntée à d’autres horizons — revient sous une forme altérée, suggérant un voyage introspectif. Interwoven donne l’impression d’être une créature vivante, meurtrie, qui le temps d’une quarantaine de minutes prend le risque de s’exposer au monde extérieur, quitte à y laisser une part de son intégrité.

Artistiquement, Interwoven est un pari réussi pour Uada. Mais c’est aussi un album qui se mérite.