Ils ont le savoir-faire. Ils ont la technique. Ils ont un nom affreux. Mais ont-ils les chansons ?

Après un premier album somme tout correct, Firstborne – aka Chris Adler (ex-Lamb Of God) et ses nouveaux compères – reviennent aux affaires. Tout au long de dix titres et trente-sept minutes, le groupe propose un hard rock énergique, teinté de blues, flirtant parfois avec le thrash et le punk.

Firstborne - Lucky

Des morceaux comme Again et Prometheus montrent le groupe dans son approche la plus « viande et patates », avec gros riffs, lignes de basse ondulantes et voix rocailleuses calibrées pour les radios rock américaines. Shine et Only a Fool dégoulinent de rock bluesy tandis que les thrashers Wake Up et Human Interrupted sonnent respectivement comme des variations d’Anthrax et Testament.

Les grands moments de Lucky sont sans conteste Rescue Me et Minefield. La première déploie un country rock façon Thin Lizzy rencontre Guns N’ Roses; la seconde mitraille et ajoute des chœurs punk « woah » à la Pennywise, et glisse même une reprise surprise de l’intro de The Trooper d’Iron Maiden. Bref, concis et facile à écouter, Lucky n’ouvrira pas de nouveaux horizons artistiques.

Quand Lucky fonctionne, c’est parce que Firstborne lâche prise. La batterie d’Adler, bien que moins intense rythmiquement que chez Lamb of God, reste solide et précise. Girish est une véritable force vocale, et ses accents grunge et harmonies superposées sur Shine et Prometheus évoquent Alice in Chains. Mais la vedette, c’est Myrone à la guitare : il passe de solos en roue libre (Minefield) à des acoustiques sombres (Heavens Return), jusqu’à un blues sudiste poisseux sur Shine.

Trop souvent pourtant, Firstborne s’enferme dans des compositions sans imagination. Ils s’installent dans un groove, un riff ou une mélodie et s’y accrochent bien trop longtemps. Cela donne des morceaux soporifiques qui s’étirent avec des riffs ternes et des lignes vocales banales. De même, ils visent la formule couplet calme/refrain puissant, ça tombe à plat. Ces faiblesses sont accentuées par le mixage ultra-compressé et la production stérile. Le hard rock a besoin de chaleur et d’espace sonore

Même si Lucky peut frustrer, il laisse entrevoir ce que Firstborne pourrait devenir. Si le groupe insuffle à chaque morceau de son prochain album l’énergie des meilleurs moments de Lucky, ce sera un disque incendiaire. En l’état, Lucky reste une collection fun mais imparfaite de morceaux rétro, idéale pour une virée insouciante en voiture.