Fury Fest 2003

Madball, Candiria, Sick Of It All, Kickback, 25TaLife, Hatebreed, Nostromo… que des noms qui font grimper aux rideaux n’importe quel fan de hardcore qui se respecte un minimum. Et quand tout ce petit monde est rassemblé, au même endroit, au même moment forcément ça donne envie. Ca donne même tellement envie que pour l’occasion on a organisé une mission spéciale à Nantes pour voir cette folle affiche avec 90% du gratin mondiale de la scène hardcore.

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Samedi

Décollage à 5h30 du matin pour une petite excursion autoroutière en direction de Nantes. Je vous épargne les détails du voyage et les moult détours occasionnés par des indications pas claires et des délires en tout genre.
Nous voilà donc sur place et le premier truc qui saute aux yeux c’est la configuration des lieux. La salle est en fait une espèce de hangar plus ou moins aménagé en salle des fêtes, le tout perdu en plein milieu d’une zone résidentielle. Quand on m’a dit que les Deftones avaient joué là-dedans j’avoue que je suis un peu resté sur le cul. Quoiqu’il en soit, les autochtones vont se souvenir du week-end parce que la population qui a fait le déplacement pour le fest est assez hétéroclite. Il y a les purs coreux repérables de loin avec leurs tatouages, quelques trends, une bonne cargaison de punk et 4/5 « true » métalleux venus là pour on ne sait quelle raison. Ha ! J’oubliais les « crusts », facilement repérables car crade, souvent déguisé en punk/teuffeur et accompagné d’un clébard tout aussi crade qu’eux. Eux ils ne sont pas là pour la zik mais juste pour se miner la tronche et faire chier le monde. Bref quoiqu’il en soit nous on est là pour la zik et une fois cet instant de surprise passé, on investit les lieux pour regarder kikidonki joue. Il est 13h30 et le premier groupe intéressant, à savoir Knut ne joue pas avant 15h. Il va donc falloir patienter au soleil, sur le béton en attendant l’heure fatidique.

15h -nous voilà donc dans la salle, installé « confortablement » contre la barrière pour profiter de Knut et de son hxc bien déstructuré. Les Helvètes ont la patate c’est indéniable, leur musique est assez barrée et fait plaisir à certains. Cependant j’accroche moyennement, n’étant pas fan de déstructuré à la base, j’attends gentiment que ça se passe car le groupe est suivant est Throwdown. Et Throwdown ça le fait. Mais mauvaise surprise, une vilaine rumeur selon laquelle Hatebreed et Throwdown ne viendraient pas circule. Les 2 groupes ont déjà annulé leur date parisienne qui était prévue pour début juillet au Nouveau Casino et le premier tournant avec le second en Europe, la coïncidence est d’autant plus troublante. On apprendra plus tard que les 2 groupes ont raté le ferry qui les amenait d’Angleterre et aussi qu’ils ont décidé de ne pas venir car le cachet qu’on leur proposait n’était pas aussi important que celui proposé par un autre festival en Suisse. Pas très pro comme attitude tout ça et pour l’esprit hxc on repassera.

M’enfin, on rumine notre colère et nous ne sommes pas les seuls, Hatebreed était particulièrement attendu par le public. Pour palier à l’absence de Throwdown, c’est 25TaLife qui jouera un set prolongé dans une furie indescriptible. Rick « gras du bide » TaLife et ses compères mettent le feu et le pit est un véritable no man’s land. Le bon gros hxc des familles fait son effet et les incursions répétées de l’imposant chanteur dans le public n’arrangeront pas l’état de mon dos. Quelle idée de se foutre à la barrière aussi… En dehors de cela c’était excellent, sauf le son un peu pourrave mais quand on est devant le son sera atroce durant tout le fest.
On évacue les lieux pour apprendre que The Business a également annulé, mais là nous n’en saurons pas plus sur le pourquoi du comment. Finalement, on se rend compte qu’il est tout juste 18h et qu’il n’y a plus rien qui nous intéresse (Burning Heads et Kill Your Idols bof) avant 20h et le passage des polonais de Yattering. L’ordre de passage des groupes et les horaires ayant été chamboulé à cause des annulations.
C’est lors de cette pause que l’on découvre que les organisateurs sont un peu dépassés par les événements. En fait, on s’en doutait depuis l’annonce des annulations car personne n’a reconnu officiellement qu’Hatebreed ne venait pas. Il aura fallu que certains haussent le ton pour que finalement l’info soit confirmée. Ensuite l’organisation elle-même sur le site était totalement disproportionnée. Rupture de stock en boisson, en bouffe, en gaz pour cuir la bouffe… Essayer donc d’expliquer à des mecs complètement raide mort que y’a plus de bières et à des coreux aigris par les annulations que y’a plu de bouffe. Ajouter à cela l’interdiction de camper sur le site (alors qu’au départ cela devait se faire), la chaleur qui échauffe les esprits et les visites impromptues de la police pour le bruit et les mecs bourrés qui saoulent (ok je sors). Je vous laisse imaginer la bombe à retardement. Inutile de dire que même nous on commençait à l’avoir plutôt mauvaise. Pour couronner le tout, on entend une nouvelle rumeur disant que Youth Of Today aurait également fait faux bon. HEUREUSEMENT, ça ne sera pas le cas *ouf*.

De retour au premier rang pour la grosse claque de la journée : YATTERING ! Du bon gros death qui tache bien comme il faut. Le batteur est une vraie bête. Il joue dos à la scène ce qui nous permet d’apprécier sa rapidité d’exécution et sa puissance de frappe. De leur côté, le chanteur/bassiste et le soliste nous gratifie de headbanging plutôt comique étant donné qu’ils tirent la langue à tout va et trippent comme des fous. Yattering c’est très très efficace mais dans la salle, ça mosh moyennement. Forcément, il s’agit d’un groupe de death perdu dans un fest hardcore et en plus c’est l’heure du dîner. Quoiqu’il soit c’était très bien.

Les faux absents de Youth Of Today arrivent ensuite. Avec leurs 20 ans de carrière, les straight edge de YOT sont des précurseurs. Et malgré leur grand âge (Ray Cappo, le chanteur, affiche tout de même 37 ans au compteur), ils bougent comme des petits jeunes, voir même plus ! Concert sublime, un grand moment de hxc. Cohésion avec le public quasi parfaite, ce fut excellent… même si en slammant ce cher Ray a quand même failli m’arracher un bras (il voulait plus me lâcher le congre).

Et pour finir en beauté la journée, le mythe Sick Of It All entre en scène. Le concert d’anthologie du jour. Là aussi, on sent que les années passées sur les routes autorisent beaucoup de choses au groupe. Lou maîtrise parfaitement son sujet et joue avec un public obéissant au doigt et à l’œil. Comme à son habitude, son frère Pete gesticule, saute et court de long en large, quant au nouveau bassiste prénommé Craig, pour un petit jeune il tient parfaitement son rang !
Le grand moment du set sera bien entendu ce qu’un certain groupe français a copié et nommé le « braveheart ». On sépare le pit en 2 et quand le morceau commence, on fonce dans le tas. Inutile, je pense, de décrire le résultat quand se sont des coreux qui s’y collent. Le résultat fut d’une violence rare mais que ce fut bon.
Après 1h15 de set, SOIA quitte la scène après avoir ravi son audience et nous par la même occasion.

1h20 du matin et fin de la première journée. Le sentiment sur ces premières heures de fest est des plus mitigés. Heureux de ce qu’on a vu mais déçus par l’organisation et les annulations, on craint le pire pour le lendemain.

Dimanche

Après une courte nuit ponctuée par les ronflements de mon voisin de chambrée et un pillage en règle du buffet petit déj’, nous voilà parti en expédition dans Nantes pour faire le plein de munitions pour la journée : comprendre de l’essence et de la bouffe. La mauvaise expérience de la veille nous ayant incitée à la prudence. Peine perdue, Nantes est une ville morte le dimanche. Bref, on débarque à 14h sur le site après une visite approfondie de Nantes, son centre ville, sa banlieue, sa cité et son périph’.

Le truc en scène à ce moment là est Lyzanxia, groupe français de death/thrash pseudo mélodique qui ne ressemble à rien. En plus leur attitude consistant à dire « encore X morceaux et on se casse » entre chaque titre est assez déplorable. On boycotte avant de revenir devant pour le combo belge de tueurs : Angel Crew.

Angel Crew, ça n’est plus ni moins qu’un bout de Deviate, de Backfire et de Downshot, que du gros quoi. Et sur scène, ça cartonne violemment, dans la pit aussi notez bien. Les zickos sont dans le public quasiment en permanence, le bassiste jouera debout sur une planche avant d’avoir la riche idée de me tomber dessus. Leur hardcore est assez classique mais niveau efficacité, on n’a jamais fait mieux.

Pour ce qui est de l’efficacité, Blockheads fait assez fort aussi. Ce groupe de grind français a dû enchaîner directement après les Belges et malgré leur son qui était plutôt une bouillie sonore qu’autre chose, le public a répondu présent. Là aussi, il y a eu du slam à gogo en provenance de la scène. Cependant, le son exécrable et le style franchement bourrin du groupe ont tendance à vite lasser et l’excitation retombe presque aussi vite qu’elle est montée.

Viennent ensuite mes petits chouchous : Born From Pain. Hatebreed n’est pas venu, c’est pas grave, dans le registre hardcore/métal, il nous restait les Hollandais 🙂
Quelle claque ! Le groupe est hyper dynamique et enchaîne quasiment sans temps mort des morceaux tous plus pêchus les uns que les autres. La différence avec les autres groupes de hxc étant l’incorporation de solo à tendance thrashisante dans leur musique. C’est excellent, ça détruit tout sur son passage et j’adore. En plus quand médiators et baguettes vous tombent dans les mains sans avoir à lever le petit doigt c’est encore mieux.

Most Precious Blood enchaîne derrière quasiment sans temps mort. Encore du gros hxc qui bourrinne. Le style est on ne peut plus classique mais le groupe se démarque du lot en ayant une fille à la gratte et des textes sortant de l’ordinaire pour du hardcore puisque ceux-ci sont essentiellement tournés vers le vampirisme.
Perso je n’ai pas accroché plus que ça mais l’énergie dégage par MPB faisait plaisir à voir et était des plus communicatives.

Le groupe suivant devait être un des morceaux de choix du jour. Précédé par leur réputation de gros bourrins décérébrés, les petits gars de Kickback sont attendus avec impatience. Mais allé savoir pourquoi, aujourd’hui Kickback n’a pas vraiment fait du Kickback. Stephen sera presque courtois et dira « merci » au public (on croit rêvé), pas de provoc’ à outrance, juste une petite pique destiné à L’Esprit du Gland. Il joue sur le fait que tout le monde sait ce qu’on attend de lui mais il ne le fait pas ou peu.
Côté musical, c’est assez basique pour ne pas dire peu intéressant. Certes ils sont déchaînés et Stephen viendra faire le ménage dans les premiers rangs mais sans plus. Il ne bronchera même pas quand quelqu’un le traitera de tapette. Au final Kickback est une demi-déception. On m’avait dit beaucoup de choses sur ce groupe et sa réputation, là je n’ai même pas eu droit à une petite mise en bouche et pour ce qui est de la musique bof bof bof…

Par contre, niveau musical, la suite est au-delà de mes plus folles espérances. Pensez donc ! Gojira messieurs dames ! Voilà un groupe frenchie qui sait faire de la musique, et de la bonne en prime ! Du death, du bon gros death avec des compos fort intelligemment construites et structurées. Des morceaux trippant cadencés par un métronome à la batterie. Malgré le petit couac au début de leur set avec une basse qui lâche, le groupe revient en scène et fait l’unanimité totale dans le public. Public déchaîné il faut le dire et reprenant en chœur tous les titres interprétés. Oui Gojira c’est énorme, c’est bien, c’est beau c’est français et pour une fois putain je suis content de pouvoir dire que j’apprécie un groupe de chez nous.

La suite ne vient pas de chez nous mais c’est tout comme puisque la suite se nomme Nostromo ! Les Suisses nous envoient leur groupe le plus fin pour un set d’anthologie. Les mecs ont la banane, ils sont contents d’être là, ça se voit, ça se sent et ça démonte tout. Voilà un bon gros set de grindcore qui une fois de plus va faire l’unanimité totale dans la foule alors que la scène tout le monde est déchaîné. Une fois encore mention spéciale au batteur qui nous sort des plans de folie. Ajouter à cela la touch’ du gratteux avec son tshirt rouge à croix blanche et sa superbe jackson rose bonbon visible par intermittence derrière les cheveux qui voltigent.

Après un léger break, nous allons entrer dans la partie très très haut de gamme de la soirée. Pour la première fois en Europe (et donc en France) et pour une seule et unique date sur le vieux continent, voilà Candiria.
Et là ben… même si je n’aime pas du tout la musique je me suis pris une énormissime claque dans la tronche. Ce groupe a un style et une touch’ unique et pour une fois en hardcore nous avons à faire à des musiciens exceptionnels. Insérer des plans jazz hyper technique en plein milieu de morceaux de hardcore, il fallait oser, Candiria l’a fait. Ce break déstructure totalement les titres et les rend unique voir imprévisible car on n’est jamais à l’abri d’une impro.
Un petit bémol cependant, on voit que le groupe n’est pas spécialement habitué à la scène car il fait peu de concert et cela s’en ressent par moment notamment entre les titres.
A noter aussi que Kickback assistait au set de Candiria depuis la scène et que Stephen était comme un gosse dans un magasin de jouet. Il a même été à 2 doigts de versé une larme quand Candiria leur a dédicacé un titre.
Tout ça pour dire que Candiria ça calme et que ça inspire le respect.

Le temps de se refaire une petite place contre la barrière et voilà l’autre groupe mythique du fest qui déboule. Après SOIA la veille, voici Madball avec à leur tête Freddy « j’ai plus que 5 dents » Cricien qui a gagné en muscles ce qu’il a perdu en dentition.
Hum donc pour en revenir à la musique bah pouaaaaaaaaaaaaaaaaaah « in your fuckin’ face ». Madball en live ça démonte tout, sans exception ! Ils passeront en revue tous leurs classiques, de Demonstrating My Style à Pride qui sera jouée en rappel et dans une folie ravageuse jamais vue auparavant. Ce groupe détruit tout sur son passage et pour « des ancêtres » ils ont encore de très bon reste. De plus le groupe nous annonce sa participation au Eastpak Resistance Tour + la sortie d’un nouvel album ! Que demande le peuple ? Que ça dur un peu plus longtemps ? Bah oui mais bon ils ont joué 45 minutes et vu l’état dans lequel nous sommes, je suis pas sûr qu’on en aurait supporté beaucoup plus.

Hum donc après une après-midi entière collé à la barrière et 45 minutes d’adoration béate de Madball, je décolle enfin ma carcasse du premier rang pour prendre un repos bien mérité en attendant Entombed. Les Suédois débouleront en force un petit ¼ d’heure plus tard et balanceront avec rage leurs morceaux composés à 90% de mosh part. Autant dire que ça tournait sec devant la scène. J’émettrais cependant des réserves sur leur set. Tous les titres se ressemblant plus ou moins. La faute à un son vraiment cradingue.

Enfin pour finir, il y avait les punks anglais de The Exploited et eux je ne pourrais pas vous en dire grand chose étant donné que nous sommes partis à la fin du premier morceau qui se trouvait être un de leur tube, à savoir Let’s Start A War. Toujours est-il que pour ce qu’on a vu, on cherche toujours le look punk… là ils ressemblaient plus au Murderdolls qu’à une bande créteux anar’ sur les bords.

Voilà, c’est fini, on est couvert de bleus, de bosses, on est trempé – merci les videurs pour la lance à incendie – bah oui ils ont eu la fausse bonne idée d’arroser tout le monde. Enfin ne les critiquons, à défaut d’être de grands pros, ils étaient sympas et bichonnaient ceux des 2 premiers rangs 🙂 Ca change des videurs parisiens.
Bref, ce Fury Fest 2003 aura eu des hauts vraiment très hauts et des bas vraiment très bas avec au milieu du moyen (d’une logique implacable tout ça).
Perso voilà ce que je retiendrais :
EN POSITIF
– une superbe affiche en dépit des annulations
– quelques moments d’anthologie durant Madball et SOIA
– un beau soleil
– une bonne ambiance dans l’ensemble
EN NEGATIF
– une organisation un peu approximative
– un manque cruel de communication
– des groupes pas pro qui annulent pour des questions financières
Alors est-ce que j’y retourne l’an prochain ? Ben si vous me mettez à l’affiche Deviate, Suicidal Tendencies, Biohazard, Madball, SOIA, Downset, Genocide, Strife, Dog Eat Dog je vais y réfléchir 😉