Lords Of The Land 2018

Dire que j’ai failli passer à côté de ce fest. Prévenu le mardi que ce festival existait, j’ai manqué de m’étouffer en regardant l’affiche : Dark Fuckin’ Angel en tête d’affiche ? Avec Bloodbath, Demolition Hammer ou Vallenfyre aussi ?? Pour 40£ ?! Mais bordel, je signe de suite !

Et après une nuit d’à pleine plus de trois heures de sommeil et un vol Dublin/Glasgow, je me retrouve dans le centre-ville samedi matin moyennement frais et dispo. Je découvre la salle, un peu plus grande que l’Elysée-Montmartre et avec une très bonne acoustique – la forme un peu voûtée m’a fait peur au tout premier coup d’œil, mais j’ai assez vite repéré que le plafond était parsemé de panneaux acoustiques, et le son a constamment été bon sur l’ensemble du fest. Je reprocherais tout de même des lumières pas terribles, et vraiment pas conseillées pour les épileptiques, mais à part ça j’ai beaucoup aimé le lieu.
Au passage, du fait des éclairages et de l’absence de mieux que l’appareil photo intégré de mon téléphone, après deux essais j’ai vite décidé de vous épargner les images.

Lawnmower Deth
« 9 lettres » « pas mieux » « DELAMERDE »
Du lolmetal mauvais et sans aucune inspiration musicalement, et surtout affligeant sur scène : connards en costumes lol de la Foirfouille, lancers de ballons, vannes pourries pendant plus d’une minute entre deux morceaux alors qu’ils n’ont qu’une demi-heure. Je les subis le temps de passer au stand de merch au fond de la salle puis je m’en vais vite, très vite.

Vallenfyre
Ils n’ont qu’une demi-heure, et ils ne vont pas la perdre. De plus en plus à l’aise avec sa voix death, Greg sait qu’en plus il n’a pas à tenir longtemps, et sera à bloc pendant tout le concert ; le groupe sera au diapason et y va franco à l’énergie brute. Et vu qu’ils n’ont pas tellement le temps de poser des ambiances lourdes avec leurs chansons plus lentes, le set va majoritairement piocher dans les morceaux bourrins, à l’image d’un Kill All Your Masters plein de hargne (conclu par un « if that didn’t convince you, try the Tory party »).
Seule mauvaise nouvelle, avant de conclure par un Splinters toujours aussi pesant et bon, Greg annonce la séparation de Vallenfyre pour la fin de cette année…J’espère que c’est mon anglais qui m’a trahi et/ou qu’il donnait dans son humour à froid typique, parce que si vous maintenez ce niveau, je ne me vois pas arrêter d’en redemander.

Cannabis Corpse
Si le groupe est une évidente parodie du death ricain dans le concept, Cannibal Corpse en tête (mais pas seulement), ils n’en ont pas pour autant oublié ce qui fait un bon groupe de musique : faire de la bonne musique. Oui, ça paraît évident, mais tout le monde n’a pas 60 ou plus de QI. Je ne vise évidemment personne dans ce festival.
Parce que si les titres et paroles se moquent à la sauce THC des clichés metal, musicalement ça déconne zéro, c’est un death franchement technique mais également groovy que le quatuor balance. Et ça marche vraiment bien, j’avais mes doutes sur le rendu scénique, ils les ont balayés vite fait bien fait. Cette impression de voir un concert de Cannibal Corpse, qui pour une fois changerait complètement leur setlist par des morceaux quasi aussi bons que les habituels, a un méchant goût de reviens-y.

Discharge
Les parrains du d-beat/crust reviennent, et ont rappelé à tout le monde qu’ils ont toujours la ceinture de champion sur eux. Alors que le genre me lasse assez vite sur album, sur scène l’urgence extrême de Discharge vous saute à la gorge dès le début, et inutile de préciser que lever le pied n’est pas le genre de la maison – l’énergie sera constante tout le long de leur concert. Alors oui, on peut avoir l’impression que les rythmes et les riff se suivent et se ressemblent trop, mais ça marche aux tripes, tellement que ça marche tout court. Et devant une telle démonstration, même si le style pratiqué n’est pas du tout le genre de la maison, on applaudit.

Carpathian Forest
Oh, ce moment de gêne profonde. Musicalement c’est bien en place, même si Carpathian qui a perdu Pandi Panda à la basse, ce n’est plus vraiment Carpathian. Non, le vrai malaise, c’est Nattefrost : il n’a plus du tout sa prestance d’antan sur scène, et sa voix est totalement ridicule, on dirait un post-ado essayant de pousser ses premiers cris de méchant alors qu’il a une voix trop aiguë de base. Je suis parti en moins de dix minutes, l’impression de regarder le tournage de « je fais de la musique violente et ma copine en a honte » pour un prochain Strip-tease était insupportable.

Demolition Hammer
D’habitude, quand j’écris, je lutte un peu pour savoir comment dire ce que j’ai en tête. Là, pour le coup, j’ai du mal à trouver quoi dire, tellement Demolition Hammer a éclaté morceau par morceau tout le monde – et je ne parle pas de ce festival, mais de mes dernières années à faire des concerts, rien que ça. Déjà que leur thrash brutal flirtant avec le death donne envie de faire voler tout le mobilier autour de vous sur album (écoutez donc Epidemic of Violence, c’est un ordre), mais sur scène, Seigneur Dieu.
Le festival a eu le bon goût de leur accorder une heure, et ils n’ont pas levé le pied une seule seconde. Une corde de guitare pète au milieu d’un morceau ? Pas grave, on finit le morceau puis on joue un morceau de la 1e démo qui ne demande qu’une seule gratte, le temps de réparer l’autre. Et le groupe impliquera le public à fond, l’incitant à se lâcher toujours plus, faisant monter la jauge d’énergie sur scène et dans la fosse à des niveaux insensés.
Je le dis et le répète : tuerie absolue à tous les niveaux, j’ai retrouvé la même impression de domination qu’avec le grand Strapping Young Lad, qui ne laissait que des cadavres fumants en quittant la scène. Vivement juin pour le match retour.

Unleashed
J’ai loupé les 3/4 de leur concert, ayant été obligé de sortir changer de vêtements à cause d’un abruti qui s’était dit qu’aller dans le pit avec une bière pleine serait une bonne idée pendant Demolition Hammer. Spoiler : mes vêtements n’ont pas été d’accord.
Et sur leur dernier quart d’heure, j’ai retrouvé le même groupe impliqué et efficace que j’avais vu au 70000Tons l’année dernière, mais avec un chanteur manquant un peu de coffre à mon goût. Un dernier apéritif qui passe tout seul, parce que maintenant les deux groupes restants ont une heure et demie chacun, et nous entrons dans le très lourd.

Bloodbath
Visiblement victimes de soucis techniques, ils commenceront leur set avec pas loin de 20 minutes de retard avec Let The Stillborn Come To Me, avec un groupe pied au plancher sauf Old Nick au ralenti moteur, qui ne rentrera vraiment dans le show que 2-3 chansons plus tard. Et c’est mon vrai problème avec ce Bloodbath quand il est sur scène, alors que le groupe s’éclate et est à bloc (ne sous-estimons pas l’apport d’Axenrot dans leur puissance scénique par ailleurs), le manque (voire l’absence par passages) d’implication de Nick est flagrant et rédhibitoire.  Vallenfyre a aussi eu besoin d’avoir les paroles sous les yeux, mais ça passe crème car à côté Greg se défonce sur scène, pas Nick. Il fait bien le boulot en moyenne, mais il faut se bouger plus avec Bloodbath qu’avec Paradise Lost sur scène. Sa plus grosse débauche d’énergie aura été quand il sera allé taper sur l’épaule du photographe officiel du fest pour lui demander de partir, ça veut tout dire.
J’ai bien aimé le concert malgré tout, il faut dire que notamment les trois premiers albums (en comptant Breeding Death, jouée ce soir) sont remplis de riffs gigantesques et que c’est difficile de se louper avec Like Fire, Eaten ou encore Outnumbering The Day, mais c’est scandaleux que le groupe ait refusé la candidature de Jörgen Sandström pour faire venir Nick.
Et en clou bonus dans le cercueil : j’ai vu la setlist du groupe, avec les deux chansons barrées qu’ils ont décidé de ne pas jouer pour rattraper le temps perdu à cause des soucis techniques. Church of Vasistas, et Weak Aside. WEAK. ASIDE. Non mais dans quel plan de l’existence on décide de virer Weak Aside et de jouer Mock The Cross, putain de putain ?!

Dark Angel
Venus au dernier moment remplacer Megadeth au Hellfest en 2014, leur prestation avait été plombée par de nombreux problèmes techniques et une double grosse caisse qui écrasait complètement le reste du son. Mais là, avec 90 minutes au compteur, et de très bonnes conditions sonores, je vais enfin voir ce que la « L.A. caffeine machine » a VRAIMENT dans le ventre. Et je l’ai vu. Oh oui, je l’ai vu.
Commencer par Time Does Not Heal : check. Finir par un rappel Darkness Descends – Perish In Flames : check. Ratiboiser la gueule de tout le monde entre ces deux moments sans lever le pied une seule seconde, servis par un très bon son (avec juste les guitares un poil trop en retrait) et rappeler pourquoi ils sont intouchables quand on parle de thrash : check. Un rouleau-compresseur avec le moteur d’Ariane 5 au cul, mais avec plus de subtilité qu’on pourrait le croire au premier coup d’œil. Parce que Dark Angel n’est pas un simple groupe de thrash bourrin, ils savent parfaitement mêler au milieu de leur chaos de subtiles (et parfois moins subtiles, tout de même) variations et détails, qui font que leur musique est bien plus profonde qu’un simple assaut linéaire en pleine bourre.
Et c’est leur grande force, tant dans la vitesse pure que dans les parties plus travaillées, ils sont tellement au-dessus du lot que c’en est indécent, j’y reviendrai. Et en plus de bien jouer, le groupe a une présence impressionnante sur scène, Ron Rinehart est un excellent frontman qui sait parfaitement tenir son public par les gonades. Et quand le courant aura lâché simultanément sur les amplis basse et guitare de droite, personne n’a eu le temps de s’ennuyer vu que Gene Hoglan aura balancé un petit solo des familles, histoire de décrocher quelques mâchoires le temps que ce soit réparé.
Pour le coup je pose la setlist, je ne fais jamais ça, mais là il faut la montrer :
Time Does Not Heal
We Have Arrived
Never to Rise Again
Pain’s Invention, Madness
The Burning of Sodom
Merciless Death
No One Answers
Death Is Certain (Life Is Not)
The Death of Innocence
The Promise of Agony
Darkness Descends
Perish in Flames
Faites-vous une playlist avec ça, et essayez de ne pas faire voler une chaise dans votre télé ou membre de la famille le plus proche. Comme vous pouvez le voir, Darkness Descends et Leave Scars sont de loin les albums les plus représentés, de manière logique pour l’immense majorité des gens, autant dire que ça allait VITE – mais pas seulement. Personnellement, je regrette amèrement de ne pas avoir eu plus de Time Does Not Heal, je donnerais très cher pour voir de mes yeux An Ancient Inherited Shame sur scène.
Et finalement, encore une fois contrairement à mes habitudes, je me dois de toucher un mot pour chaque musicien, tant ils m’ont chacun mis sur le cul à titre individuel. Ron est donc un frontman de qualité, mais il n’a aussi rien perdu se son coffre ou de sa palette vocale de l’époque, et peut toujours atteindre les mêmes notes suraiguës qu’il y a pas loin de 30 ans. Mike Gonzalez à la basse m’aura tué avec sa manière d’enchaîner jeu au mediator/jeu aux doigts à toute vitesse, parfois au milieu de passages sous speed, passant du mediator au majeur et à l’annulaire avant de reprendre au mediator en un éclair. Jim Durkin et Eric Meyer ont tapé quelques soli remarquables, mais ce sont surtout des guitaristes rythmiques hors pair, capables de jouer à très haute vitesse des riffs vraiment pas évidents et plus travaillés qu’il n’y parait. Certains sont fascinés par les solistes capables de sortir des enchaînements de note venus de nulle part, mais plus le temps passe de mon côté, plus je bave sur les rythmiques qui te font devenir fou, en étant capables de jouer des heures sans planter une note à côté – Demolition Hammer est un excellent exemple, Dark Angel en est clairement un autre.
Et puis, il y a Gene Hoglan.
Le VRAI Gene Hoglan.
Le Gene Hoglan de Testament est parfait dans son rôle, il joue exactement ce dont Testament a besoin, en mettant juste ce qu’il faut de sa personnalité pour que soit du Gene Hoglan sans trop se mettre en avant. En deux mots : il reste au service de la musique, amis batteurs voici un excellent exemple de ce qu’il faut faire en tant que musicien. Mais ce n’est pas le vrai Gene Hoglan.
Le Gene Hoglan qui tourne avec Death To All! est autrement plus impressionnant, et joue des parties complètement folles entre toucher et patterns/break complexes à haute vitesse, mais là encore, quelque chose manque.
Alors qu’avec Dark Angel, il redevient le vrai Gene Hoglan, celui qui n’a aucun frein, le même qu’il était avec Strapping Young Lad : en mission sacrée pour démolir tout ce qu’il a devant lui, et qui ne s’arrêtera pas tant qu’il restera quelque chose debout. En plus de la rapidité, c’est pas humain de voir la puissance qu’il met dans ses frappes, et ces plans et autres breaks bordel de merde. En voyant ces morceaux qui ont pour certains plus de 30 ans dans la gueule, on se rend compte à quel point Gene a inventé à lui seul la moitié de tout ce qui est/a été fait depuis dans le metal. Et à quel point il est au dessus de tout le monde à l’heure actuelle, PERSONNE ne peut rivaliser avec lui.
Ça a été une fin parfaite pour le festival, personne ne pouvait passer après eux. Je m’étais dit après Demolition Hammer que ce serait impossible de faire aussi bien, et qu’est-ce que j’ai été heureux de me viander royalement sur ce point. Au final, je suis parfaitement incapable de déterminer qui est le vainqueur entre Demolition Hammer et Dark Angel, et au fond on s’en branle, ça me convient parfaitement. Chacun dans leur genre, Ils m’auront démonté le cerveau en s’assurant une place dans le top 3 de l’année avec Shape Of Despair, je n’arrive pas à m’imaginer quelqu’un les approcher sur scène en 2018.
Et je viens d’imaginer une tournée Dark Angel/Demolition Hammer, je dois vous quitter pour changer de vêtements.

Le bilan de ce petit fest : pour moins de 40£, c’est un ticket à prendre les yeux fermés si l’affiche vous plait, j’aime particulièrement la salle (son, capacité) et le fait que les 5 derniers groupes aient au moins une heure de jeu, voire une heure et demie pour les deux derniers.
Et pour ce qui est des groupes, à part un fail magistral (mais prévisible) pour commencer et Carpathian Forest clairement pas à la hauteur, ça a été une franche réussite, avec deux concerts en particulier qui vont rester dans ma tête pour très longtemps. Je ne pense pas qu’ils soient capables de faire tomber une affiche aussi dingue l’année prochaine vu comment ils ont fait fort cette année, mais Lords Of The Land s’est très nettement fait une place dans ma liste de concerts à guetter à tout prix pour les années à venir. Et si l’affiche suit, j’y retournerai avec plaisir.