Carpenter Brut – Youth Code

Dire que j’attendais ce 24 mars est très loin en dessous de la vérité.
Pensez donc, Carpenter Brut à l’Olympia et en plus il nous sort à peine un mois avant un album qui déboîte. Clairement, les astres se sont alignés.

Passer des 1000 places de la Cigale (ce qui est déjà honorable) aux 2800 de l’Olympia était un beau challenge pour un artiste qui, soyons objectif, est un anonyme pour 99,9% des gens (les innocents). Le défi a été relevé avec brio puisque ce 24 mars, la mythique salle parisienne affichait complet. Le public métalleux (en grande partie), geek (un peu moins) et bobo (le cancer) c’est donné rendez-vous dans la salle rouge du boulevard des Capucines pour se faire corriger. Et correction il y a eu – oui je spoile.

Choisit par le patron pour être sa première partie sur la tournée, les duo californiens de Youth Code ouvre les hostilités dans un registre… pour le moins déconcertant. Une boîte à rythme, un clavier, sans doute un sampler également, 2 micros et vas-y qu’on envoie le bousin. Un mix quelque part entre l’indus, le hardcore et le punk avec une Sara Taylor qui hurle comme Angela aux grandes heures d’Arch Enemy. Des beats ultra violents boostés par un son parfait à un volume sonore respectable mais supportable sans protections. Dynamique, teigneux voir hargneux, sans réserve, le groupe donne tout et ne fait pas semblant. Ca change, ça sort de sa zone confort et la salle déjà bien pleine ne s’y trompe pas. Ovation méritée pour le groupe qui a d’office pété quelques rotules.

Pour l’anecdote, sachez que le merch de Carpenter Brut a été purement et simplement dévalisé. Les gens faisaient encore la queue alors qu’il n’y avait plus rien en stock. Une folie que mêmes les gens de la sécu ne comprenaient pas. Un agent avouera que c’est la première fois qu’il voit des gens aussi disciplinés et autant d’attente pour des tshirts.

20h40 –  un classique des années 80 met l’ambiance. Le public se prend au jeu et se met à chanter avant qu’un coup de tonnerre ne retentisse et que dans la demi-seconde qui suit un titre de Leather Teeth ne mette le feu à une salle baignée de lumières roses du meilleur goût, le tout accompagné d’une vidéo de fond qui met immédiatement dans le bain. Ce premier morceau donne le la pour le reste de la soirée: DANS TA GUEULE.
Et de ce côté là c’est mission accomplie. Morceaux qui tabassent, lights de folies, vidéos d’un kitch absolu entre érotisme bas de gamme et gore de série Z (petite pensée pour cette famille dont les gamins devaient avoir 12 ans max), des barres de rire. Les nouveaux titres ont bénéficié d’un soin tout particulier sur ce point. Ultra chiadée, bien pensée bref du bonheur – mention spéciale à Inferno Galore qui fut pour moi le point d’orgue de la soirée (Metal Hamster et Bitkendo -> du génie). Si comme d’habitude, on peut ergoter sur la setlist (pas de Run, Sally, Run ni de What We Fight For hélas), les goûts les couleurs tout ça. Franck B Carpenter nous a bien mis K.O. avec quelques enchaînements biens sentis. Certains de la tournée précédente ont été conservé et d’autres ont été changé pour permettre l’intégration des nouveaux titres. Globalement la grosse heure de set est plutôt bien harmonisée en terme de rythme, sans temps mort mais avec un fil conducteur qui fait qu’on ne décroche jamais. Ceci dit, j’ai parfois eu la sensation qu’une partie du public ne suivait plus trop sur les nouvelles chansons. C’était aussi drôle de voir les « tough guys » siglés Vader, Amon Amarth ou Tribulation onduler du boule et lever les bras sur Maniac tout en chantant comme des furieux – dit le mec avec son sweat Bloodbath qui avait mal à la nuque en sortant.
Côté bémol, certes j’ai pris une fessée mais pas autant qu’à La Cigale. Je mets plutôt ça sur le fait qu’il n’y a plus l’effet de surprise de la mise en scène. Quant au son, je regrette de ne pas avoir plus entendu la guitare.

Sur scène enfin, on sent clairement qu’ils ont trouvé leurs marques. Ils osent mêmes quelques fantaisies même si du fait de la nature même du set, elles sont limitées. J’ai bien aimé le petit délire « du gars aux claviers » qui consistent à placer 2/3 conneries dans ses morceaux – comme par exemple un court passage du 4ème Rendez-vous de Jean-Michel Jarre durant une chanson de Leather Teeth (et Au clair de la lune mais passons). Ce dernier semble plus serein derrière son matos. J’oserai même dire un peu moins autiste. Par 2 fois il saluera l’assemblée de la main, visiblement touché par l’accueil qui leur est fait à lui et à ses musiciens mais la réserve du garçon fait qu’il manquait un petit peu de folie à ces moments partagés avec un public en fusion. Je l’aurais eu sous le coude je l’aurais secoué en lui disant « Mec vas-y! Lâche toi! Fais en des caisses! La salle te mange déjà dans la main et n’attend que ça! » Et là, fin du monde, la foule explose de bonheur parce qu’en plus de l’orgasme auditif, elle aura eu  le petit plus qui rend ses moments uniques. ‘fin je dis ça… hein… voila… Le mec nous a quand même mis la misère.

Point de cassage de gueule aux proportions bibliques mais une bonne grosse branlée tout de même. N’empêche… si tous les groupes du monde mettaient des tatanes comme ça à chaque concert, le monde irait beaucoup mieux. Putain quel pied!